Comment tirer un trait sur les déchets de construction?

Estimated Reading Time: 5 minutes Listen to this

Marlene Thorman Member Name

Directeur des opérations

Maud Söderberg Member Name

Consultante séniore en environnement

Dans toute la Scandinavie, l’« économie circulaire » est reconnue comme étant un objectif clé du développement durable. Dans un système circulaire ou en « circuit fermé », la valeur maximale des matériaux existants peut être tirée de leur réutilisation, ce qui réduit la nécessité d’exploiter de nouvelles ressources et crée moins de déchets. À la différence du modèle linéaire de gaspillage, qui consiste à prendre, à fabriquer, à utiliser et à éliminer, le modèle circulaire privilégie le recyclage, le partage et la réutilisation.

Les déchets de construction et de démolition comptent pour environ le tiers des déchets dans l’Union européenne. Les matériaux de construction sont responsables d’environ la moitié de l’empreinte carbone d’un bâtiment. Les déchets de construction et de démolition sont encore plus volumineux si nous prenons aussi en compte d’autres constructions, comme les ponts, les viaducs et les pylônes. Il est donc très avantageux d’assurer la circulation des matériaux de construction, plutôt que de les envoyer vers des incinérateurs ou des sites d’enfouissement. La réutilisation permet d’éviter les gaz à effet de serre que la fabrication de nouveaux matériaux génère et de réduire considérablement les émissions liées au transport des marchandises.

Le béton est souvent concassé et réutilisé comme remblai ou pour de grands projets d’infrastructure, mais certains obstacles empêchent toujours la réutilisation d’autres déchets de démolition (comme le bois, la brique, les métaux, le verre, le gypse et les sols) et des matériaux utilisés temporairement sur les chantiers de construction (principalement le bois d’œuvre pour les passerelles, les appuis, les palissades de chantier, etc.). Au Danemark seulement, les matériaux à usage temporaire comptent pour environ 50 000 tonnes de bois d’œuvre éliminé comme déchet combustible par année.

Que pouvons-nous faire pour encourager et faciliter une plus grande réutilisation des déchets de construction et de démolition sans introduire de risque?

Vérifier la sécurité et la composition des matériaux recyclés

Dans le processus de démolition, tout matériau potentiellement dangereux (comme le bois imprégné, la peinture, le vernis et les scellants) doit être identifié et séparé soigneusement. Il faut vérifier que les matériaux restants jugés comme pouvant être réutilisés sont exempts de contaminants dangereux comme les BPC (biphényles polychlorés), les produits chimiques absorbés lors d’utilisations antérieures et les métaux lourds. Dans le cas contraire, les problèmes de pollution ne sont pas réglés, mais déplacés ailleurs, et les risques pour la santé demeurent. Il convient également de vérifier que les matériaux destinés à la réutilisation respectent les normes de performance requises pour les nouvelles constructions.

Réutiliser davantage les déchets de construction ne doit pas se faire au prix d’une contamination des nouveaux bâtiments ou de l’environnement ni d’un risque pour la santé et la sécurité des collectivités. Nous pouvons comprendre que le risque de pollution si les déchets de construction et de démolition servent à d’autres fins qu’au remblai préoccupe l’industrie du bâtiment et les collectivités. Cependant, une stratégie spécialisée d’échantillonnage et d’analyse peut réduire les risques au minimum et dissiper ces préoccupations.

La détermination du niveau de risque et de l’état des matériaux dès les premières étapes d’un projet permettra aux propriétaires, promoteurs, architectes et constructeurs de bâtiments, par exemple, de prévoir une réutilisation efficace des matériaux. Pris isolément, l’échantillonnage et les analyses ne seront pas adéquats. Un soutien spécialisé sera nécessaire pour vérifier si l’échantillonnage convient et pour donner des conseils au sujet de l’incidence des résultats des analyses. Cela signifie qu’il faut commencer tôt le processus en dressant un inventaire des utilisations antérieures de la construction ou du bâtiment, y compris des produits chimiques utilisés. Cela permettra de préciser quoi échantillonner et où le faire après avoir cerné les risques particuliers de contamination et/ou les matières dangereuses.

Un peu plus de temps et d’argent seront un bon investissement à cette étape initiale et produiront probablement de meilleurs résultats. L’interprétation et la détermination spécialisées d’une approche appropriée pour un traitement sûr et économique des déchets de construction peuvent permettre d’éviter un éventail de problèmes complexes et coûteux plus loin en chemin. Les problèmes relevés tardivement, comme la découverte pendant la démolition de couches de goudron cachées dans une dalle de béton, peuvent interrompre et retarder un projet de manière importante et entraîner des coûts supplémentaires pour les régler en urgence.

Améliorer la communication et la collaboration entre tous les participants de l’industrie

Les architectes, les promoteurs et les constructeurs scandinaves s’intéressent de plus en plus à l’économie circulaire, et la plupart d’entre eux ont la volonté et l’intention de réutiliser des matériaux pour créer de nouveaux bâtiments durables qui comprennent des éléments patrimoniaux et historiques. Il y a néanmoins place à l’amélioration dans la chaîne de communication entre les participants du processus de construction. De par sa nature même, la circularité exige de l’information, de la négociation, de la collaboration et une action coordonnée, et il est peu probable qu’elle soit réalisée si le secteur est fragmenté.

Une bonne communication et des attentes claires entre le propriétaire ou le promoteur du bâtiment ou de la construction, l’architecte, l’ingénieur, le constructeur, l’entrepreneur en démolition et le gestionnaire des déchets sont nécessaires dès le début du processus de conception et de planification. Lorsqu’il y a une compréhension commune des objectifs et des avantages (et des profits potentiels), chaque participant est susceptible d’être plus motivé à optimiser sa gestion des matériaux. Une meilleure communication et une meilleure coordination dans tout le secteur faciliteront aussi la mise en commun des connaissances et le perfectionnement, ce qui réduit le risque et augmente la probabilité de résultats positifs. Il serait encore plus avantageux si la communication et la coordination peuvent s’étendre au-delà des entrepreneurs, des constructeurs et des spécialistes de l’environnement, afin d’inclure également les organismes de réglementation, les municipalités et les établissements de recherche appropriés.

Introduire des attentes claires dans le dossier d’appel d’offres

C’est une chose que d’être d’accord, en théorie, avec un principe de durabilité, mais est-ce que ce sera un incitatif suffisant pour surmonter l’inertie, changer les habitudes, créer un sentiment d’urgence pour le changement et favoriser l’innovation? Si les exigences et les attentes en matière de recyclage sont énoncées dans le dossier d’appel d’offres, les intervenants sont susceptibles de mieux comprendre le projet et pourront livrer concurrence à des conditions équitables.

Les pays nordiques se sont dotés de diverses lignes directrices au chapitre du traitement des ressources et des déchets de construction, dont les objectifs sont d’optimiser la circulation des matériaux, de réduire au minimum la quantité de matières résiduelles et, au bout du compte, de créer une économie circulaire au profit de la société. Ces lignes directrices ou des lignes directrices semblables peuvent être incorporées dans les documents d’appel d’offres. Les attentes peuvent aussi être précisées dans les contrats afin d’optimiser le transport durant les phases de démolition et de (re)construction, par exemple les camions ne devraient pas se déplacer sans chargement. La coordination sera difficile, mais pas insurmontable.

Rendre disponibles des matériaux à prix concurrentiel au moment et à l’endroit nécessaires

En pratique, une plus grande récupération des matériaux durant la démolition et une réutilisation accrue de ces matériaux dans de nouvelles constructions dépendront de la disponibilité et du prix concurrentiel des matériaux et exigeront des solutions permettant de relever les défis importants sur les plans de la logistique et de la coordination. Il faudra des moyens de transport efficaces, des dépôts de matériaux à usage temporaire, des plates-formes d’échange de l’information ou des systèmes de « correspondance » permettant de relier la disponibilité et les besoins, ainsi que de marchés d’approvisionnement en matériaux, qu’ils soient virtuels (p. ex. site Web, base de données ou application) ou physiques. À titre d’exemple, il y a le projet de collaboration GENTRÆ [anglais seulement], qui permet la vérification du bois de construction réutilisable, un transport efficace (lorsque de nouveaux matériaux sont livrés au site ou des matériaux recyclables sont transportés ailleurs, optimisant ainsi les déplacements des camions) et la revente sur un marché de la construction. L’important, c’est que ces marchés soient faciles d’accès et pas trop éloignés.

Ensemble, nous pourrons changer les pratiques en vue d’un environnement bâti plus durable et d’un avenir meilleur lorsque les participants du secteur de la construction seront enthousiastes à l’idée d’une plus grande circularité de l’économie et seront rassurés quant à la sécurité, la qualité, la disponibilité et la rentabilité des matériaux recyclés.

About the Authors

Marlene Thorman Member Name

Directeur des opérations

Maud Söderberg Member Name

Consultante séniore en environnement

DÉCOUVRIR

Golder utilise des témoins de navigation (« cookies ») afin de vous offrir la meilleure expérience possible sur notre site Web. En continuant à utiliser ce site Web, nous supposons que vous consentez à recevoir tous les témoins sur notre site Web.

D’ACCORD Plus d'information