Lutte contre les superbactéries : ce que peut faire l’industrie pharmaceutique pour combattre la résistance aux antimicrobiens

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Paul Kau Member Name

Directeur/spécialiste de l’environnement sénior

Dheeraj Chaudhary

Dheeraj Chaudhary Member Name

Consultant sénior

Il y a près d’un siècle, sir Alexander Fleming découvrait la pénicilline. Cette découverte a été accueillie comme un véritable miracle, car elle a permis de sauver d’innombrables vies. De nos jours, cependant, les antibiotiques sont souvent mal utilisés ou surutilisés, et la pollution pharmaceutique qu’ils causent menace les écosystèmes et la santé humaine partout dans le monde. Cela n’a pas rien d’étonnant, car Fleming lui-même nous avait mis en garde contre les dangers de la résistance aux antibiotiques :

« La personne irréfléchie qui joue avec le traitement à la pénicilline est moralement responsable de la mort de l’homme qui succombe à l’infection par l’organisme résistant à la pénicilline. J’espère que ce mal pourra être évité. » – Alexander Fleming

L’émergence de la résistance aux antimicrobiens (RAM) et la multiplication des superbactéries sont liées au rejet de produits pharmaceutiques dans l’environnement (PPE). Les compagnies pharmaceutiques mondiales et les entreprises faisant partie de leur chaîne d’approvisionnement subissent de plus en plus de pressions de la part des consommateurs, des investisseurs et des organismes de réglementation, qui veulent qu’elles agissent. Cependant, beaucoup d’usines de traitement des eaux usées sont incapables d’éliminer efficacement divers ingrédients pharmaceutiques actifs (IPA), dont justement les antibiotiques. Comme ces produits chimiques sont rejetés dans les plans d’eau et les systèmes aquatiques, la RAM est inévitable.

La pollution pharmaceutique est exacerbée par leur production dans des pays où le cadre réglementaire est moins développé ou mal appliqué, et où les eaux usées sont parfois rejetées sans être traitées. L’industrie cherche à favoriser la durabilité de la production pharmaceutique en établissant des coalitions comme l’AMR Industry Alliance [anglais seulement] et la Pharmaceutical Supply Chain Initiative (PSCI) [anglais seulement] pour offrir des plateformes de mise en commun de ses ressources et de ses normes de rendement. En outre, la PSCI a récemment lancé une plateforme pour aider les fournisseurs à communiquer les pratiques exemplaires responsables. Toutefois, ces initiatives sont à participation largement volontaire, et il faudra que la participation et l’adoption s’accroissent au sein de l’industrie pour que les choses changent.

Comment s’y prend-on pour lancer un programme d’audit SSE (de chaîne d’approvisionnement)?

Si vous ne disposez pas déjà d’un mécanisme robuste pour évaluer les risques liés à la chaîne d’approvisionnement, consultez le document PSCI Audit Program Guidance [anglais seulement], qui énonce les procédures et les exigences relatives à une démarche de vérification crédible et transparente pour la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique. Le programme met l’accent sur cinq éléments clés des pratiques opérationnelles responsables : les systèmes de gestion, l’éthique, les droits de la personne et le travail, l’environnement, ainsi que la santé et la sécurité. Le questionnaire de vérification est conçu pour l’industrie pharmaceutique en général, mais les utilisateurs pourront adapter les questions en fonction de leurs besoins propres (p. ex. plus de détails sur les stratégies de gestion des eaux usées ou une définition plus précise des catégories de risque).

Les programmes d’audit visent habituellement de nombreuses installations situées dans divers pays, et ils font par conséquent intervenir de nombreux auditeurs. En théorie, les auditeurs devraient évaluer et pondérer les risques observés de façon uniforme, mais c’est parfois plus facile à dire qu’à faire. L’équipe d’audit devrait avoir des définitions claires et normalisées des catégories de risque, et ces définitions devraient être révisées périodiquement pour englober de nouvelles observations et en permettre la communication.

Après l’audit, il est parfois difficile de convenir d’un plan de mesures correctives, si l’entreprise et le fournisseur ont des vues divergentes sur les coûts et les avantages de certaines mesures (ou même sur la pertinence de l’observation elle-même). Dans ce cas, il peut falloir diviser les mesures correctives en plusieurs étapes pour permettre la progression.

Une fois qu’on a établi un solide programme d’audit, celui-ci sert de point de repère à partir duquel évaluer l’amélioration de la performance environnementale.

Qu’en est-il du contrôle des PPE et de la RAM?

Le programme d’audit de la PSCI évalue la gestion des PPE en général seulement (bien que le site Web de la PSCI offre un certain nombre de ressources utiles sur les PPE et la RAM). Les lois et les cadres réglementaires en vigueur localement dans le domaine des déchets et des eaux usées ne visent généralement pas précisément les IPA issus de la fabrication d’antibiotiques (surtout dans les marchés émergents). Comme les PPE peuvent contribuer de façon notable à l’apparition de la RAM, les compagnies pharmaceutiques devraient encourager leurs fournisseurs d’antibiotiques à adopter des pratiques responsables à l’échelle des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Il n’y a habituellement pas de limite réglementaire touchant le rejet d’IPA dans les effluents d’eaux usées, mais une approche fondée sur le risque peut être efficace. Les effluents contenant des concentrations élevées d’antibiotiques nuisent à l’environnement, mais de faibles concentrations d’antibiotiques peuvent également être dommageables, si la concentration est trop faible pour tuer les bactéries exposées, mais suffisamment élevée pour exercer une pression de sélection favorisant la résistance. Où se situe le seuil, alors?

Il peut être complexe et coûteux d’établir les concentrations estimées sans effet (CESE) sur le plan écotoxicologique et/ou de la résistance aux antibiotiques à utiliser comme cibles fondées sur le risque. Les CESE publiées par l’AMR Industry Alliance donnent une bonne idée des valeurs cibles, mais il est quand même parfois difficile et coûteux pour les installations de trouver des laboratoires pour mesurer les concentrations d’antibiotiques, surtout dans une vaste chaîne d’approvisionnement faisant intervenir de nombreux IPA. Une première étape pourrait être de prioriser les risques au moyen d’un programme d’évaluation préliminaire de l’impact des PPE à partir des données de bureau et de cibler les installations qui utilisent des antibiotiques présentant un risque environnemental, une activité endocrinienne ou une solubilité élevées, ou encore qui ont des pertes importantes non imputées, font beaucoup de nettoyage à l’eau ou rejettent de grandes quantités d’antibiotiques dans des systèmes aquatiques sensibles.

Une fois que les antibiotiques à risque élevé présents dans les installations sélectionnées ont été identifiés, il faut établir la concentration environnementale estimée (CEE) correspondante. Cette valeur devrait tenir compte de la quantité d’antibiotiques perdue dans la production, enlevée dans le traitement des eaux usées et, au bout du compte, diluée dans les eaux réceptrices. Il devient alors possible de comparer les valeurs de la CEE et de la CESE de la RAM Industry Alliance, ce qui sert d’indicateur assez simple et peu coûteux des PPE pouvant être préoccupants.

Le zéro rejet liquide pourrait-il être une solution?

Pour une installation où le risque lié aux PPE est élevé, une mesure d’atténuation possible est la mise en œuvre d’une pratique de zéro rejet liquide (ZRL). Cela est particulièrement intéressant lorsque l’accès à l’eau est limité, que le rejet d’eaux usées est coûteux ou que le recours à la technologie est nécessaire pour satisfaire aux exigences réglementaires. Le ZRL est un procédé de traitement rigoureux selon lequel les eaux usées sont purifiées et recyclées et qui produit peu ou pas d’effluents. Les exigences de traitement varient, mais le ZRL comprend souvent l’osmose inverse, l’ultrafiltration, l’évaporation et diverses autres technologies des membranes.

Le ZRL est de plus en plus utilisé comme solution de rechange aux technologies primaires (physicochimiques) et secondaires (boues bioactives) et réduit efficacement les risques de RAM, mais il n’est pas sans difficulté.

Lorsqu’on envisage le ZRL, il faut vérifier qu’il existe une source d’énergie permettant de le rentabiliser, car il peut être très énergivore. Le besoin supplémentaire en énergie est également susceptible d’avoir une incidence sur les objectifs de réduction des émissions de carbone. Serait-il possible d’utiliser la chaleur résiduelle d’un autre procédé, ou encore une source d’énergie renouvelable comme le solaire ou l’éolien?

Les coûts d’investissement, d’exploitation et d’entretien sont généralement plus élevés pour le ZRL que pour les autres solutions technologiques. Le ZRL exige également plus de main-d’œuvre qualifiée, puisque les systèmes ZRL sont complexes à exploiter et à entretenir.

Le ZRL produit de grandes quantités de boues (déchets dangereux et autres déchets solides), de sorte que des solutions de gestion des déchets dangereux sont nécessaires. Enfin, il faut envisager l’usage qui pourra être fait de l’« eau purifiée » produite par le système ZRL. À certains endroits, il est possible de la rejeter dans l’environnement (p. ex. pour arroser les jardins) sans qu’il soit nécessaire de surveiller la présence de produits chimiques comme les IPA.

Et ensuite?

L’industrie pharmaceutique doit devenir plus proactive dans l’élaboration d’une approche intégrée, complète et efficace pour combattre la RAM. Il est peu probable que la réglementation soit efficace contre celle-ci, car elle est inadéquate dans de nombreux pays. L’industrie devrait plutôt maintenir des plateformes de collaboration mondiale à long terme, ce qui permet la mise en commun de l’expérience collective et des pratiques exemplaires.

La lutte contre les superbactéries ne sera pas facile à gagner, mais si le milieu pharmaceutique travaille en collaboration et avec diligence pour mettre en œuvre les meilleures pratiques de l’industrie, ce sera un pas dans la bonne direction, un pas vers un système de santé durable pour la génération actuelle et pour les générations futures.

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