Vaut-il mieux nous adapter ou quitter les côtes?
22 avril 2021
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Temps de lecture estimé 6 minutes

Les secteurs du pétrole et du gaz, de la fabrication et des mines ont besoin d’installations riveraines, mais l’accès direct à l’eau amène le risque de dangers côtiers comme les inondations et l’érosion. Ces dangers sont une menace importante pour le développement et la durabilité des collectivités et des infrastructures côtières. Les catastrophes côtières, en particulier, causent des pertes de vie et des dommages matériels énormes. À titre d’exemple, le tsunami survenu en 2004 dans l’océan Indien a coûté la vie à environ 130 000 personnes et entraîné des pertes de 4,5 à 8,7 milliards de dollars (USD), et l’ouragan Katrina (2005) a tué environ 1 200 personnes et causé pour 108 milliards de dollars (USD) de dommages matériels.

Dans le contexte où le niveau de la mer monte et où la fréquence des catastrophes côtières augmente, est-il préférable de maintenir le statu quo – ce qui suppose d’assumer des dépenses croissantes et de faire face à un risque accru de pertes de vie –, ou vaut-il mieux envisager de quitter les côtes?

Même si le problème est énoncé clairement, dans bien des cas, la réponse n’est pas simple. Les risques d’inondation et d’érosion découlent de plusieurs mécanismes en interaction, notamment les marées, les vagues, les ondes de tempête et les tsunamis. Ces mécanismes sont rendus plus complexes par les effets climatiques à long terme, surtout lorsqu’on considère l’éventail des conditions futures possibles.

Mettons-en quelques-uns en lumière, en commençant par les marées. Nous les comprenons bien et pouvons les prévoir directement avec une grande certitude. Il est également assez simple de prédire l’action des vagues à un endroit précis, au moyen d’un modèle déterministe (l’action des vagues est déterminée par les conditions initiales et les données d’entrée du modèle). Le niveau de complexité augmente lorsqu’on intègre d’autres mécanismes, par exemple les ondes de tempête ou les tsunamis. La contribution de chacun des processus ou d’une combinaison de processus (p. ex. les marées combinées aux ondes de tempête ou aux tsunamis) à l’ensemble des dangers côtiers d’un site est beaucoup plus difficile à analyser. Les données sur de grands événements où interagissent plusieurs mécanismes sont plutôt rares. Pour ajouter à la complexité du problème, notre compréhension des conditions futures évolue encore. On prévoit que les changements climatiques contribueront à la montée du niveau de la mer, feront augmenter l’intensité des tempêtes et en modifieront la répartition (on s’attend par exemple à ce que les ouragans deviennent plus extrêmes) et modifieront également la couverture de glace aux latitudes septentrionales, ce qui entraînera une exposition accrue aux inondations et à l’érosion.

Pour comprendre et atténuer le risque que posent de multiples dangers côtiers, et celui qu’ils poseront dans l’avenir, il faut comprendre la probabilité que l’eau atteigne une certaine hauteur ou exerce une force susceptible de causer des dommages. Le niveau de la mer s’élevant à l’échelle mondiale, l’action des marées, des vagues, des ondes de tempête et des tsunamis accroît la probabilité de grandes inondations côtières et d’une forte érosion. La question simple que nous posions au sujet des côtes devient tout à coup beaucoup plus complexe, et elle exige des connaissances techniques détaillées.

Pour y répondre, nous devons adopter une approche en plusieurs étapes et une perspective à long terme (correspondant à la durée des projets) comme fondement à la prise de décisions concernant la réduction du risque lié aux dangers côtiers. Un élément clé de cette approche est la capacité de représenter les interactions complexes au moyen d’un modèle probabiliste. La modélisation probabiliste fait une place au hasard dans les intrants du modèle, afin que celui-ci génère un large éventail de résultats possibles. Le hasard représente les inconnues dans les mécanismes en interaction et l’incertitude à l’égard des conditions climatiques futures. Vu la complexité des processus à l’origine des dangers côtiers, il est déraisonnable de s’attendre à pouvoir estimer la probabilité de tous les résultats possibles. Cependant, la modélisation probabiliste améliore la prise de décisions en permettant une meilleure compréhension des principaux facteurs de risque, et surtout, de l’importance relative des incertitudes en cause.

1. Évaluation des dangers et des risques

La première étape de l’approche, celle de l’évaluation des dangers et des risques, consiste à identifier les dangers potentiels et à quantifier les risques connexes. Elle est axée sur l’application de connaissances techniques détaillées pour éclairer et appuyer l’évaluation des risques. Des modèles déterministes et probabilistes sont utilisés pour représenter l’impact des dangers côtiers dans les conditions climatiques actuelles et futures.

2. Aide à la décision

À la deuxième étape, celle de l’aide à la décision, on commence à transformer les données techniques en une structure de prise de décisions pour soutenir les intervenants touchés par les dangers côtiers. Une expertise technique et une expérience pratique correspondante servent à déterminer les solutions possibles de réduction des risques, et c’est à cette étape-ci qu’on envisage toutes les solutions éventuelles. La clé est d’élaborer les seuils auxquels il faudra prendre des mesures parce que les risques ne sont plus gérables. Pour les projets simples, les seuils servent directement d’outils d’aide à la décision, mais pour les projets complexes, des outils plus complexes également (p. ex. l’analyse multivariable) appuient la prise de décisions.

3. Adaptation et atténuation

Au début de la troisième étape, celle de l’adaptation et des mesures d’atténuation, les éléments d’information nécessaires concernant le risque côtier (dont l’incertitude et les lacunes potentielles dans les données) ont été identifiés, et la planification des mesures concrètes commence. Il peut s’agir de recueillir de nouvelles données afin de mieux comprendre les dangers côtiers et le risque qu’ils posent, ou encore de mettre en œuvre des solutions de réduction des risques. Avant de pouvoir appliquer les solutions, il faut les évaluer et les comparer afin de déterminer celles qui répondront le mieux aux besoins et aux préoccupations des intervenants. Des voies d’adaptation documentent la façon dont ces solutions seront mises en œuvre et le moment où elles le seront, y compris les endroits où des décisions critiques devront être prises (p. ex. lorsque la voie originale se scinde et qu’il sera possible d’en suivre plusieurs lorsque des données supplémentaires seront accessibles).

4. Suivi

La dernière étape, celle du suivi, appuie les résultats des trois étapes précédentes. Le suivi de la compréhension des risques côtiers et de la façon dont ils ont été représentés auparavant se fait au moyen de la collecte de données supplémentaires et de leur intégration dans les voies d’adaptation, ainsi que de l’évaluation de la performance de toute solution mise en œuvre pour réduire les risques. Cette étape est axée sur les mesures concrètes favorisant l’amélioration continue de l’approche adoptée. La compréhension des risques côtiers n’est pas un processus statique. L’approche adoptée pour les gérer nécessite une amélioration continue, qui permet de vérifier si les solutions mises en œuvre fonctionnent comme prévu et de faire un suivi de tout changement touchant la compréhension des risques.

Enfin, la mobilisation des intervenants est au cœur de cette approche de gestion des risques côtiers. Sans une véritable mobilisation, la transition des connaissances techniques vers des solutions concrètes est difficile. La mobilisation des intervenants doit être intégrée à chacune des étapes décrites ci-dessus, et le degré de mobilisation doit s’accroître chaque fois. On pourra ainsi mieux cerner les besoins et les préoccupations des intervenants concernés. Il est peu probable que les voies d’adaptation et les mesures concrètes soient mises en œuvre avec succès sans que les intervenants se les approprient. L’approche de gestion des risques côtiers permet de cerner des préoccupations complexes au moyen de mesures ayant un sens pour les intervenants, qui pourront ensuite prendre des décisions avec confiance. Comme les experts techniques confient la responsabilité des solutions aux intervenants, l’approche permet à ceux-ci d’atteindre leurs objectifs de développement durable en documentant la résilience des structures côtières aux changements climatiques. L’approche en plusieurs étapes documente de façon transparente la prise en compte des changements climatiques dans la gestion des risques. Les intervenants, les investisseurs actifs et les programmes de divulgation de l’information sur le climat exigent de plus en plus de preuves de la résilience climatique et de la gestion des risques climatiques.

Vaut-il mieux maintenir le statu quo et s’adapter à des dangers côtiers changeants, ou envisager de quitter la côte? La réponse dépend des besoins et des préoccupations des intervenants concernés. Nous proposons une approche adaptable, axée sur la mobilisation des intervenants et l’amélioration continue, afin de soutenir la résilience climatique à long terme et le développement durable.


À PROPOS DES AUTEURS

Phil Osborne, Ph.D., P.Geo, est géomorphologue sénior des zones côtières et praticien sénior chez Golder. Phil mène la communauté technique mondiale de l’ingénierie côtière, portuaire et des travaux maritimes et assure le leadership stratégique et technique pour un large éventail de services en milieu côtier, estuarien et fluvial. Appliquant des principes géomorphologiques, écologiques et d’ingénierie, il a dirigé de multiples projets inspirés par la nature de protection des rives et de restauration des habitats marins.

Janya Kelly est spécialiste de la qualité de l’air et du climat et compte plus de huit ans d’expérience liée à la qualité de l’air et aux changements climatiques dans divers secteurs de l’industrie. Elle a été responsable du volet changements climatiques de plusieurs projets, mettant l’accent en premier lieu sur les changements climatiques et l’adaptation, et en second lieu sur l’atténuation des changements climatiques par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle possède également de l’expérience dans la modélisation de la dispersion atmosphérique à l’aide de multiples modèles approuvés par la réglementation, allant des modèles de dépistage aux modèles de transport de produits chimiques à l’échelle régionale.

Phil Osborne

Phil Osborne Member Name

Géomorphologue sénior des zones côtières


Janya Kelly Member Name

Spécialiste des changements climatiques et de la qualité de l’air


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