Économie circulaire, eau et gestion durable : au confluent du risque et du potentiel

Richard Lansley

Hydrogéologue sénior

Olivia Bertham

Propriétaire d’ORB Consulting

Pour la majorité des Britanniques, l’eau n’est pas un souci… Il y en a toujours eu, elle est bon marché, et elle est abondante. Cependant, les choses sont en train de changer.

La nouvelle directrice générale d’Ofwat, l’organisme de réglementation du secteur de l’eau de l’Angleterre et du Pays de Galles, a déclaré que les entreprises d’eau devaient revoir leur approche, les exhortant à « veiller à la conservation du capital naturel dont elles dépendent ». Cette déclaration a été suivie d’une mise en garde du directeur général de la société d’État Environment Agency, qui a affirmé qu’en Angleterre, l’approvisionnement en eau pourrait ne plus répondre à la demande d’ici 25 ans. Puis, illustrant les conséquences probables du changement climatique en termes financiers, la National Infrastructure Commission (commission nationale de l’infrastructure) du Royaume-Uni a calculé qu’en 2050, les coûts associés à l’alimentation en eau de secours atteindraient les 40 milliards de livres par année.

Dans d’autres pays d’Europe, la situation est plus critique. En effet, près de 30 % de la population européenne a connu une pénurie d’eau à l’été 2015, principalement dans les villes densément peuplées et dans les économies à dominance agricole de l’Europe méridionale. Selon une estimation la Coldiretti, un syndicat agricole italien comptant un demi-million de membres, la sécheresse estivale a entraîné des pertes de 2 milliards d’euros pour le secteur agricole de l’Italie en 2017. Au Danemark, la pollution par les pesticides est à l’origine de 20 % des fermetures de puits, contre 10 % pour le nitrate, bien que l’eau y demeure une ressource abondante. Qu’elles soient aggravées par le changement climatique, la pollution causée par les pesticides ou une demande excessive, les pénuries sont en voie de transformer notre rapport à l’or bleu.

Avec une population mondiale qui dépassera le cap des 9 milliards d’habitants d’ici la moitié du siècle, la demande en eau est appelée à croître. Selon le World Business Council for Sustainable Development (WBSCD), une organisation mondiale vouée à la promotion du développement durable, la demande mondiale en eau augmentera de 40 à 50 % dans le système alimentaire, de 50 à 70 % dans les secteurs municipal et industriel, et de 85 % dans le secteur de l’énergie. De plus, le Forum économique mondial cite depuis 2013 les « crises de l’eau » parmi les cinq premières positions de son rapport sur les risques mondiaux. Quant à elle, la Banque mondiale estime que les pertes liées à l’eau pourraient ralentir de 6 % la croissance économique d’ici 2050. Autrement dit, en l’absence de pratiques saines de gestion de l’eau, certaines régions rateront leurs cibles économiques du fait de ces pénuries.

Qui dit risque dit potentiel

Il apparaît évident que nous sommes confrontés à des défis d’envergure. Pour les entreprises, ces défis représentent à la fois des risques et des occasions à saisir, et elles devront obtenir les bonnes informations pour pouvoir bien y réagir.

Commençons par les risques. Les entreprises doivent assurer la sécurité de leur approvisionnement en eau, car ce dernier est indispensable à la continuité de leurs activités. Cela signifie qu’elles doivent être en mesure d’accéder à une quantité (et à une qualité) d’eau qui répond à leurs besoins actuels et futurs et qui tient aussi compte des imprévus et de leur potentiel de croissance. De plus, elles doivent veiller à la solidité de leur chaîne d’approvisionnement en eau, un aspect trop souvent négligé.

Parmi les problèmes à surveiller, mentionnons la possibilité que l’approvisionnement principal ne suffise pas au traitement, au chauffage ou au refroidissement en usine, ou encore à la fabrication du produit. Il pourrait aussi arriver que cet approvisionnement ne soit pas rentable pour l’utilisation prévue. Dans de tels cas, d’autres sources d’eau durables devront être trouvées. Pour y parvenir, on pourra envisager le forage de nouveaux puits, ou encore se tourner vers des principes d’économie circulaire en privilégiant la collecte, le traitement et la réutilisation des eaux de procédé dont on se serait autrement débarrassé.

Comme son nom l’indique, la valorisation des eaux de procédé consiste à donner une valeur à cette ressource (comme on en donne une à l’énergie ou aux autres matières premières). Cette stratégie encourage un changement des mentalités, car elle combat l’idée reçue selon laquelle la réutilisation nuirait à la qualité de la production.

Si certains fabricants sont conscientisés au problème et ont mis en place des stratégies pour assurer la sécurité de leur approvisionnement et limiter leur empreinte hydrique, nombreux sont ceux qui ne peuvent pas en dire autant. Qui plus est, bon nombre de fabricants ne croient pas avoir identifié et géré les risques liés à l’eau dans leur approvisionnement. On ne sait pas non plus si les principaux intervenants de la chaîne d’approvisionnement en eau sont sensibilisés à la question de la sécurité de l’eau; si l’infrastructure actuelle est suffisante pour assurer un approvisionnement fiable; si l’approvisionnement à long terme permettra d’augmenter la production au besoin; et si ce dernier sera à l’abri de la contamination, dans la mesure de ce qui peut être planifié.

Le potentiel qui s’offre aux entreprises suppose, d’une part, un investissement dans la sécurité de l’approvisionnement en eau, et de l’autre, une optimisation des opérations qui se fonderait sur des principes d’économie circulaire et sur la limitation de l’empreinte hydrique. En procédant à cette évaluation et en se renseignant sur la marche à suivre, les entreprises peuvent rentabiliser à long terme leur investissement en efficience et en sécurité. Chez Golder, nous avons vu des entreprises de fabrication et d’extraction atteindre leurs objectifs opérationnels en maintenant en place des mesures visant à sécuriser leur approvisionnement. En effet, ces entreprises qui assurent une gestion proactive de leurs ressources en eau ont accès à divers avantages, dont une diminution du risque d’interruption des activités, une réduction des coûts attribuable à l’économie et à la réutilisation de l’eau ainsi qu’aux sources de rechange, et des économies découlant de la valorisation des produits chimiques issus des eaux résiduelles. La gestion de l’eau est un aspect primordial de la responsabilité sociale, particulièrement dans les régions touchées par des pénuries d’eau.

Boucler la boucle

L’économie circulaire est en train d’ébranler les fondements de l’économie linéaire. En effet, le modèle linéaire – qui consiste à extraire une ressource, à l’utiliser une seule fois, puis à la contaminer de façon à ce que sa réutilisation ou sa réintroduction dans les écosystèmes soit coûteuse et techniquement difficile – est appelé à changer.

Comme nous l’avons vu avec le carbone, la recherche de solutions, l’évolution des politiques et le développement de nouveaux marchés apportent leur lot de défis et de possibilités pour les entreprises. Qu’elles concernent la technologie, les produits, les procédés ou les modèles d’affaires, les nouveautés suscitent un intérêt accru de la part de différents groupes d’investisseurs, favorisant les occasions de financement à l’innovation.

L’eau et l’économie circulaire font actuellement l’objet d’une transformation similaire. La proposition de règlement de l’UE visant à fixer des objectifs en matière de réutilisation de l’eau, l’accord sur des normes permettant la vente d’engrais provenant des eaux usées dans toute l’Europe et les discussions sur la réduction des microcontaminants dans les eaux usées pourraient annoncer un mouvement plus grand.

Jusqu’ici, la question de l’eau a évolué dans l’ombre du changement climatique. Elle a rarement fait les manchettes ou attiré l’attention sur la scène politique internationale. Cependant, tout indique que cette situation est en train de changer. Dans un tel contexte, les entreprises avant-gardistes qui anticipent les risques, se dotent de plans de continuité et s’ouvrent aux nouvelles perspectives ont les outils en main pour profiter d’un courant favorable.

Richard Lansley

Hydrogéologue sénior

Olivia Bertham

Propriétaire d’ORB Consulting

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