La renaissance minière du Royaume-Uni

Marco Maestri

Associé et leader en ingénierie et en durabilité

Cet article est paru dans l’édition de juillet du magazine Mining Global.

Tout comme l’Irlande, le Royaume-Uni possède une riche histoire minière, qui a connu son apogée à l’époque où ses vastes gisements de charbon et de fer ont alimenté la révolution industrielle et soutenu un empire. Il y a cent ans à peine, ce pays était en grande partie autosuffisant. Qu’est-il donc arrivé?

Aux yeux du public, l’activité minière elle-même appartient à cette époque révolue. Lorsqu’on leur demande de décrire l’industrie minière, la plupart des Britanniques parlent de Margaret Thatcher, des piquets de grève, des leaders syndicaux et, à la rigueur, de certaines œuvres comme Poldark et Billy Elliott. Heureusement, ce portrait plutôt morose est sur le point de changer. En effet, les événements récents indiquent que le Royaume-Uni est aux portes d’une véritable renaissance minière, avec plusieurs projets prometteurs en cours, dont certains en sont à leurs balbutiements, d’autres en étude de faisabilité avancée, et certains en exploitation. Bon nombre de ces projets ont déjà été exploités par le passé ou visent des gisements connus depuis longtemps. Là où la donne a changé, c’est dans le paysage technologique, économique et politique, qui confère aux ressources minières du pays, autrefois peu attrayantes, une nouvelle viabilité.

Il y a plus de 35 ans, la mondialisation et la concurrence à bas prix ont sonné le glas de nombreuses mines britanniques. Kellingley Colliery, la dernière mine de charbon profonde du pays, a cessé ses activités en 2015, ce qui a eu toutes les allures d’un coup de grâce pour l’industrie minière nationale. Néanmoins, si l’on regarde la situation de plus près, on constate qu’il existe un ensemble relativement vigoureux de propositions de projets miniers, qui découle en partie (et ironiquement) d’un rejet de la mondialisation et de la montée du protectionnisme. Ce constat ne saurait toutefois faire ombrage à l’aplomb soutenu des carrières de minéraux destinés à la construction ou à l’industrie, ni aux mines de roche tendre et de charbon thermique (pendant des siècles le visage de l’industrie minière britannique) toujours en activité; mais il permet d’attirer l’attention sur la manne de nouveaux projets, minéraux, approches, investissements et emplois que pourraient amener les nouvelles technologies et les méthodes de travail novatrices.

Nous explorerons dans cet article certains des facteurs globaux qui ont contribué à remettre le développement minier à l’ordre du jour dans les îles Britanniques et à insuffler au secteur une vigueur qu’il avait perdue depuis longtemps.

Les facteurs géopolitiques

Dans un contexte marqué par un Brexit imminent et imprévisible, et par un sentiment d’incertitude à l’égard des investissements étrangers et de la sécurité d’emploi, il ne fait aucun doute que le climat politique actuel profitera à tout grand projet de développement en quête de soutien (financement, incitatifs fiscaux, permis…), et ce, même si le désastre économique annoncé ne se concrétisait pas. Le gouvernement risque d’augmenter les dépenses publiques et de bonifier les stimulants à l’investissement dans un proche avenir, en particulier dans les régions considérées comme économiquement désavantagées (ou « moins développées ») qui sont actuellement admissibles à des subventions de l’UE, comme les Cornouailles et certaines régions du Pays de Galles.

Les régions dites « de transition » pourraient également bénéficier d’un soutien supplémentaire à court terme, ce qui pourrait atténuer les conséquences économiques du Brexit : Tees Valley, Durham, Cumbria, Lancashire, Merseyside, Yorkshire de l’Est, nord du Lincolnshire, Yorkshire du Sud, Lincolnshire, Shropshire, Staffordshire, Devon, Highlands et îles d’Écosse, et Irlande du Nord.

Parmi les projets proposés dans ces régions, mentionnons :

  • le West Cumbria Woodhouse Colliery, un projet avancé de mine de charbon cokéfiable qui a récemment reçu le feu vert du comté. Il s’agirait de la première mine de charbon profonde à voir le jour en plus de trois décennies au Royaume-Uni;
  • Dalradian Curraghinalt, un projet de mine d’or de calibre mondial en Irlande du Nord qui est actuellement en attente d’approbation;
  • le projet écossais Cononish proposé par ScotGold, dont le but est de devenir la première minière commerciale à exploiter l’or en Écosse;
  • le projet de mine d’or Clogau-St David’s d’Alba Mineral Resources au Pays de Galles, qui vise la réouverture de la plus grande mine d’or de l’histoire du Royaume-Uni.

Un autre corollaire du référendum sur le Brexit est la dévaluation de la livre sterling, qui a représenté une mauvaise nouvelle pour l’importation de biens et services, mais qui s’est avérée lucrative pour les exploitants dont les coûts locaux sont en livres et les revenus, en dollars américains. Qui plus est, elle pourrait bien contribuer à faire du Royaume-Uni une destination de choix pour les entreprises mondiales du marché des produits de base.

La Chine, qu’on a souvent accusée d’exercer une pression sur le secteur primaire des pays soi-disant « développés », a certainement contribué à l’optimisme et aux perspectives à long terme sur le marché des matériaux de construction. En effet, avec son immense projet de « nouvelles routes de la soie », aussi appelé OBOR (One Belt One Road), la Chine a permis l’émergence d’un marché relativement stable pour les projets britanniques de charbon cokéfiable et de tungstène. Chiffré à plusieurs milliards de dollars, le projet OBOR vise le rétablissement d’anciennes routes commerciales entre la Chine et l’Europe dans un contexte où l’investissement dans les infrastructures et les villes chinoises est en ralentissement. Il devrait générer une demande pour plus de 120 Mt d’acier brut, en plus d’entraîner des retombées dans bon nombre d’autres secteurs et segments.

D’autres initiatives à l’échelle mondiale ont également contribué à nourrir la demande pour les matières premières britanniques, notamment les projets d’électrification en milieu rural qui visent à fournir de l’électricité aux populations éloignées, ainsi que l’Alliance : Énergiser au-delà du charbon, une initiative lancée par le Royaume-Uni et le Canada, qui nécessitera des investissements et des matières premières en soutien à des projets d’énergie propre et durable.

La croissance de la population

Les projets de potasse et de polyhalite ne devraient pas souffrir des soubresauts du cours de ces minéraux, car la population mondiale connaît une croissance soutenue, et on prévoit une augmentation de 50 % de la demande provenant du secteur agricole d’ici 2050. De tels facteurs ont de quoi rassurer les prévisionnistes et, par le fait même, les prêteurs, comme en témoigne l’obtention de financement par Sirius Minerals pour le York Potash Project (mine Woodsmith), présenté comme le plus important projet de polyhalite à l’échelle mondiale, qui devrait entrer en production d’ici 2021.

Si l’on se fie à l’ampleur du capital requis pour permettre l’exploitation de la mine Woodsmith (qui dépasserait la barre des 2,5 millions de livres), on peut considérer qu’il s’agit d’un projet de calibre mondial. Cela prouve qu’il est possible de financer et de faire avancer des projets d’une telle envergure au Royaume-Uni, ce qui marque un précédent important pour les entreprises qui voudront à leur tour se doter d’actifs miniers dans ce pays. Bien que certaines difficultés subsistent, les progrès réalisés jusqu’à présent confirment qu’il existe un appétit pour soutenir de tels projets.

La seule autre mine de polyhalite active à l’échelle mondiale est la mine Boulby, située dans le même secteur. Elle est exploitée par ICL. Depuis que la production y a débuté en 1976, cette mine a su s’adapter aux demandes du marché et à l’évolution du gisement pour maintenir sa rentabilité. Ses activités se sont d’abord concentrées sur la potasse, avant de passer au sel puis à la polyhalite, suivant l’évolution de la géologie du site et la mise au point d’un engrais amélioré offrant plusieurs nutriments (Polysulphate). Une chose est certaine : l’avenir du marché de la polyhalite sera à surveiller, et les yeux du monde entier seront tournés vers le Yorkshire du Nord, théâtre de ces deux projets.

L’effet Tesla

La transition vers les véhicules électriques et le stockage par pile ont dans un premier temps profité à des projets de niche marginaux comme le projet Cornish Lithium, qui est apparu à point nommé dans le contexte politique, technologique et économique. Or, on connaît depuis longtemps l’existence de lithium dans les saumures des réseaux de fractures du granite de Cornouailles, dont le potentiel géothermique a motivé un projet de « roche chaude sèche » dirigé par la Camborn School of Mines dans les années 1970 et 1980. Ce potentiel attire à nouveau l’attention aujourd’hui grâce aux récentes percées technologiques. Grâce à l’évolution du stockage par pile et du délaissement de l’essence et du diesel au profit des véhicules électriques et autonomes (au Royaume-Uni, les nouveaux véhicules à essence seront interdits à compter de 2040), le lithium jouit d’une forte demande et suscite l’intérêt des investisseurs (tout comme le graphite, le cobalt, l’étain et le cuivre).

À la lumière des aspects politiques mentionnés précédemment et des progrès technologiques qui permettent l’extraction du lithium de la saumure par osmose inverse plutôt que par grands bassins d’évaporation, ce projet a certainement le potentiel d’enthousiasmer plus d’un gestionnaire de fonds. Si on ajoute à cela la perspective d’utiliser l’énergie géothermique pour alimenter la mine, on peut facilement imaginer capitalistes et environnementalistes saliver à l’unisson.

En résumé

L’avenir rapproché semble très radieux pour l’industrie minière britannique, alors que de nombreux projets suscitent un vif intérêt des investisseurs tant à l’échelle mondiale que nationale. Si l’on tient compte de l’appétit politique actuel et du bassin de professionnels fortement expérimentés que possède le Royaume-Uni, les jours où le secteur minier était associé à une époque révolue semblent bel et bien comptés.

Cet article est paru dans l’édition de juillet du magazine Mining Global.

Marco Maestri

Associé et leader en ingénierie et en durabilité

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