Les substances perfluoroalkylées dans les mines : un problème à traiter, mais comment?

Carolyn Brumley

Associée principale en évaluation des risques et toxicologue en matière de contamination de l’environnement

De nombreux matériaux et produits chimiques novateurs en apparence ont été mis au point et adoptés dans divers secteurs, puis associés à des conséquences néfastes pour l’environnement et la santé. Tout risque déterminé pour l’environnement et la santé entraîne presque immédiatement des dommages à la réputation, des litiges, des frais de décontamination élevés et un resserrement des réglementations.

Partout au monde, les substances perfluoroalkylées suscitent des inquiétudes croissantes. Mises au point il y a plus de 50 ans, ces substances ont été utilisées dans une vaste gamme de processus industriels et de produits, comme la mousse extinctrice, les revêtements antiadhésifs et les traitements imperméabilisants ou antitaches.

Les substances perfluoroalkylées ne se décomposent pas facilement, donc demeurent dans le sol et l’eau pour des périodes prolongées. De plus, ces substances sont lessivées à travers le sol et pénètrent dans les eaux de surface et les eaux souterraines. Ainsi, elles risquent de contaminer l’eau potable, voire la chaîne alimentaire si elles sont ingérées par des organismes aquatiques. Un terrain contaminé par des substances perfluoroalkylées peut donc entraîner des conséquences à grande échelle dans le long terme. Bien qu’une faible concentration de substances perfluoroalkylées ne soit pas démontrée comme nocive pour la santé des animaux et des êtres humains, ces substances se bioaccumulent et sont considérées comme des toxines.

Jusqu’à présent, aucune préoccupation majeure n’a été signalée sur les conséquences potentielles des substances perfluoroalkylées dans le secteur minier. Cependant, elles ont longtemps été employées dans les mines aux fins de traitement du minerai et de lutte contre les incendies. Les mousses d’extinction à formation de pellicule aqueuse (AFFF), les tensioactifs, le fluide hydraulique, les additifs pour carburant et les produits chimiques utilisés pour la séparation des minerais par flottage risquent tous de libérer des substances perfluoroalkylées dans l’environnement. Par conséquent, la contamination par substances perfluoroalkylées représente un risque dans le secteur minier, qui doit être évalué et géré de manière adéquate.

Quelles sont les conséquences potentielles?

Aucune situation ne se ressemble, mais en règle générale, la gravité de la contamination par substances perfluoroalkylées sera déterminée par les conditions du site et l’utilisation et la valeur des ressources en eau, notamment l’extraction de l’eau souterraine et la valeur écologique des aquifères superficiels.

Dans les mines et à proximité de celles-ci, les travailleurs risquent d’être exposés à des substances perfluoroalkylées s’ils entrent en contact avec de l’équipement de lutte contre les incendies ou utilisent de l’eau de surface ou souterraine contaminée pour le dépoussiérage ou comme eau d’appoint, par exemple. L’eau potable est une autre préoccupation non négligeable. Les travailleurs des mines, visiteurs ou habitants des environs boivent-ils l’eau de surface ou souterraine affectée? S’en servent-ils pour se laver? Le bétail a-t-il été exposé à l’eau de surface, souterraine ou d’irrigation? Si oui, les gens ayant consommé cette viande sont à risque d’exposition. Par ailleurs, puisque les substances perfluoroalkylées sont facilement transportées par l’eau, il se peut que des organismes aquatiques, oiseaux ou autres animaux en aient ingéré. Les membres des communautés locales, tels que les propriétaires traditionnels, sont alors exposés aux toxines en chassant et en consommant ces animaux.

Évaluation de vos responsabilités potentielles concernant les substances perfluoroalkylées

Si vous gérez de multiples sites touchés par ces substances, ou menez diverses activités sur un seul site, vous auriez intérêt à hiérarchiser les risques afin de prioriser les mesures à prendre. La hiérarchisation des risques comporte plusieurs étapes. Tout d’abord, avant d’effectuer les tests, il est recommandé d’évaluer la situation en discutant avec le personnel actuel et précédent du site concerné, puis d’examiner les activités du site, la documentation sur les produits chimiques, les systèmes de gestion et de confinement de ceux-ci, la fréquence d’utilisation de produits contenant des substances perfluoroalkylées et les emplacements où ils sont employés. La prochaine étape est de combiner ces renseignements avec les données sur les conditions géologiques, hydrogéologiques et géochimiques du site pour élaborer un modèle conceptuel du site. Ce modèle devra inclure les sources des substances perfluoroalkylées, les potentiels receveurs exposés à celles-ci et les voies reliant les sources aux receveurs. Ce modèle guidera l’échantillonnage ciblé des sols, de l’eau souterraine, de l’eau de surface, des sédiments et des organismes aquatiques, le cas échéant.

Grâce à tous les renseignements recueillis, il est ensuite possible de cibler les risques faibles ou acceptables, qui ne nécessitent peut-être aucune évaluation supplémentaire, et les risques incertains ou potentiellement inacceptables, qui méritent d’être examinés en profondeur.

Résolution des problèmes

Des mesures ou contrôles de gestion s’imposent pour toute activité ou zone comportant des risques déterminés comme inacceptables, comme la mise à disposition d’autres sources d’eau potable pour les êtres humains ou le bétail. D’autres mesures pourraient inclure la fermeture de pêcheries ou d’aquacultures, ou la mise en place de limites de consommation des poissons et fruits de mer provenant de la zone concernée.

Il est également vital de communiquer les risques pour la santé et l’environnement aux intervenants concernés en temps utile, avec clarté, précision et tact. La plupart des renseignements sur les substances perfluoroalkylées sont techniques et complexes. Par conséquent, s’ils sont présentés sans les explications vulgarisées et le contexte nécessaires, les lecteurs pourraient ne pas les comprendre et paniquer indûment.

Au besoin et dans la mesure du possible, certaines sources de substances perfluoroalkylées pourraient nécessiter des travaux de réhabilitation et une gestion améliorée. (Par exemple, plusieurs sites en Australie sont en cours de réhabilitation afin de décontaminer l’eau affectée par ces substances pour l’approvisionnement des communautés environnantes.)  Dans le cadre de son programme mondial d’innovation, Golder collabore avec des industries et universités pour mener des recherches sur les manières novatrices d’éliminer les substances perfluoroalkylées.

Nous reconnaissons que dans certains endroits ou circonstances, la réhabilitation des sols et de l’eau contaminés par ces substances sera impossible, ou les évaluations en profondeur ne fourniront aucune valeur ajoutée. Dans de tels cas, il s’avère pratique de réduire ou d’éliminer les émissions de substances perfluoroalkylées et de mettre en place des mesures de gestion pour limiter l’exposition, autant sur le site qu’autour de celui-ci.

Bien que les détails sur les risques des substances perfluoroalkylées ne soient pas encore tous connus, la complaisance à cet égard est déconseillée, peu importe le secteur. Les entreprises peuvent prendre des mesures raisonnables dès maintenant pour mieux comprendre les conséquences de leurs activités sur l’environnement, réduire les émissions futures de ces substances au sein du site et atténuer tout risque éventuel pour les travailleurs, la faune sauvage et les communautés locales.

Carolyn Brumley

Associée principale en évaluation des risques et toxicologue en matière de contamination de l’environnement

À Propos De L’auteur

Related Insights

Golder utilise des témoins de navigation (« cookies ») afin de vous offrir la meilleure expérience possible sur notre site Web. En continuant à utiliser ce site Web, nous supposons que vous consentez à recevoir tous les témoins sur notre site Web.

D’ACCORD Plus d'information