Peut-on équilibrer l’équation de la biodiversité avec un algorithme?

Cecilia Amosso

Écologiste

Tout projet sur terrain vierge peut avoir une incidence sur la biodiversité de la région. À travers le monde, la biodiversité est de plus en plus menacée; il est donc important que tout dommage ou perte inévitable causé par un projet soit adéquatement contrebalancé par des activités qui favorisent la préservation, la restauration ou l’amélioration de l’environnement.

Posséder des méthodes de comptabilité justifiables et transparentes tenant compte de ces gains et de ces pertes de biodiversité est également de plus en plus important pour que les promoteurs de projets puissent démontrer aux investisseurs et aux communautés que leurs projets répondent aux exigences strictes en matière d’environnement et de durabilité.

Pour démontrer l’absence de perte nette de biodiversité (préférablement même la présence d’un gain net), et pour prouver l’atteinte des objectifs de durabilité requis par la législation nationale et les institutions financières, des calculs complexes sont nécessaires.

Le défi que représente le calcul des compensations pour les projets de grandes taille et complexité

Bien que la compensation de la biodiversité demeure une solution de dernier recours, il s’agit, dans une optique de développement durable, de l’un des mécanismes les plus communs pour remédier aux impacts environnementaux. Lorsqu’elle est bien faite, la compensation de la biodiversité peut être un moyen pratique pour contrebalancer les dommages écologiques inévitables en restaurant ou en protégeant des habitats ou des espèces en dehors de l’empreinte du projet.

Beaucoup de projets n’ont qu’à tenir compte des impacts et des compensations pour un ou deux types d’êtres vivants et d’habitats. Cependant, pour les grands projets (comme les infrastructures linéaires) dont l’empreinte s’étend sur de nombreuses régions écologiques et touche de nombreux habitats et espèces, il est beaucoup plus complexe et difficile de déterminer la pertinence et les retombées des compensations. À ce niveau de complexité, les compensations ne peuvent pas être calculées espèce par espèce ou habitat par habitat. Il existe un manque notable d’outils comptables et de mécanismes d’aide à la décision qui soient à la fois pratiques et rigoureux pour faciliter la sélection des activités et des sites de compensation.

La création d’un algorithme de biodiversité

Golder a employé un algorithme de biodiversité novateur pour un projet qui s’étendait sur l’ensemble d’un pays et touchait plus de 90 espèces, 20 habitats et 9 écosystèmes, et a exploré une nouvelle approche de calcul des pertes résiduelles provoquées par le projet et des gains potentiels découlant des compensations proposées. Compte tenu du grand nombre d’espèces et d’habitats dont il fallait tenir compte, une méthode était nécessaire pour pondérer la perte de nombreux éléments clés de biodiversité et en arriver à une valeur agrégée qui pourrait ensuite être reproduite pour les compensations.

L’algorithme de la
biodiversité
simplifie
grandement le calcul
des pertes et des gains
de biodiversité.

La méthode comptable de Golder est fondée sur une équation qui permet de calculer la valeur, du point de vue de la biodiversité, des espèces et des habitats dans l’ensemble de l’empreinte du projet. Une valeur numérique est attribuée à chaque élément clé de la biodiversité (conformément aux directives de l’organisme de financement ou de réglementation compétent) en fonction de l’importance de sa conservation, de son état de santé ou de dégradation avant le début du projet et de l’efficacité des activités de compensation proposées ou mises en œuvre.

L’algorithme est appliqué dans un système d’information géographique (SIG) où les valeurs de biodiversité peuvent être calculées pour chaque parcelle d’habitat, autant pour les zones touchées par le projet que pour celles sélectionnées comme sites potentiels de compensation. Une fois les valeurs de biodiversité calculées, plusieurs scénarios peuvent être exécutés automatiquement pour identifier et explorer le potentiel de différentes compensations et pour formuler clairement les options les plus rentables et les plus durables. Ces scénarios fournissent une base concrète, transparente et justifiable sur laquelle appuyer la prise de décisions, base qui peut être utilisée tout au long de la planification, de la conception, de la construction et de l’exploitation d’un projet.

La mise en œuvre de l’algorithme

La méthode offre la souplesse nécessaire pour être adaptée au contexte et peut être utilisée pour des projets de petite et de grande envergure, à n’importe quelle étape et indifféremment du niveau de détail. Même en l’absence de la quantité de données voulue sur la valeur de la biodiversité, l’algorithme peut être exécuté à l’aide d’hypothèses prudentes pour fournir une indication préliminaire de la valeur à laquelle on peut s’attendre d’une compensation. Au fur et à mesure que des informations plus exactes sont recueillies et saisies dans le SIG, on peut affiner les hypothèses et relancer l’algorithme pour obtenir une idée plus précise des gains en biodiversité.

La mise en œuvre de l’algorithme aide à démontrer les effets prévus des compensations proposées. Grâce à des calculs minutieux et à la comparaison de plusieurs scénarios, l’algorithme permet de prioriser les zones et les activités dans lesquelles les plus grands gains de valeur de la biodiversité peuvent être réalisés.

L’algorithme de la biodiversité simplifie grandement le calcul des gains et des pertes de biodiversité et met clairement en lumière les priorités en matière de compensation, ainsi que le raisonnement derrière celles-ci. Pour les projets d’aménagement où de nombreux éléments clés de biodiversité et différents écosystèmes sont en jeu, l’algorithme favorise des discussions transparentes entre les différents intervenants et augmente considérablement la probabilité d’équilibrer les priorités afin de promouvoir des résultats positifs et durables tant pour le projet que pour l’environnement.

Roberto Mezzalama (associé principal), Massimo Dragan (associé principal) et Kyle Knopff (associé) de Golder ont contribué à l’élaboration de la méthode décrite dans le présent article.

Cecilia Amosso

Écologiste

À Propos De L’auteur

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