Une planification réfléchie à l’ère des changements climatiques et de la résilience de l’eau

Janya Kelly

Spécialiste des changements climatiques et de la qualité de l’air

Hu Fleming

Directeur de la stratégie sur l’eau et de la durabilité

Sean Capstick

Associé principal et spécialiste sénior des changements climatiques

La Journée mondiale de l’eau est une excellente occasion de réfléchir à l’incidence des changements climatiques sur nos ressources en eau. Notamment, nous pouvons étudier les occasions et les menaces, ainsi que les manières dont les organisations peuvent se préparer à un avenir bien différent de notre réalité actuelle. Nous avons invité trois professionnels de Golder à se prononcer sur la résilience de l’eau et les changements climatiques. Voici ce qu’ils ont à nous dire.

Hu Fleming, directeur de la stratégie sur l’eau et de la durabilité

À retenir : « Il est important de comprendre les conséquences à court et à long terme des changements climatiques, puis d’en tenir compte durant la conception. »

Il faut comprendre que les changements climatiques auront des conséquences à court terme et à long terme.

Une des conséquences à court terme consiste en un risque accru d’inondations, ce qui signifie que les gouvernements et entreprises devront mieux gérer les eaux pluviales pour protéger les personnes et les biens. Cela peut entraîner une interruption des activités commerciales. Certaines industries sont particulièrement vulnérables aux dommages causés par les eaux pluviales; citons par exemple les mines à ciel ouvert et souterraines qui subissent des inondations.

Par ailleurs, l’eau excédentaire nécessite des travaux de traitement ou d’évacuation, voire les deux. Les propriétaires d’usines de traitement de l’eau privées et publiques auront sans doute des obstacles à surmonter. De nombreuses usines de traitement sont équipées de bassins de clarification et de réservoirs ouverts, qui reçoivent directement les précipitations. Cela signifie que les usines d’eau potable, de traitement des eaux résiduelles et de traitement biologique à grande échelle sont susceptibles aux débordements, et donc aux inondations. Par exemple, lorsque l’ouragan Harvey a frappé la ville de Houston au Texas en 2017, les usines municipales de traitement des eaux résiduelles en ont subi les conséquences. Comme les bassins de clarification ont été inondés, une bonne part de l’approvisionnement en eau potable a été compromis.

À court terme, les changements climatiques peuvent causer des fluctuations de la disponibilité en eau, donc les organisations doivent réfléchir aux conséquences d’une pénurie. Lorsque les ressources hydriques se font rares, tous sont vulnérables, comme on le constate maintenant dans l’hémisphère Sud. Selon nos observations, l’hémisphère Nord a tendance à recevoir plus de précipitations, tandis que l’hémisphère Sud est vulnérable aux sécheresses. On constate une différence marquée entre les deux moitiés du globe.

Les conséquences d’un manque d’eau affectent particulièrement les activités industrielles exigeantes en eau, comme l’exploitation minière. Dans l’hémisphère Sud, où l’eau est déjà une denrée limitée, les acteurs de l’industrie minière mondiale cherchent des manières de collaborer avec les communautés locales afin de mettre en place des pratiques durables de conservation de l’eau. D’autres industries exigeantes en eau doivent elles aussi se préparer à un monde où l’eau se raréfie et adopter des mesures durables pour gérer l’eau. Un exemple par excellence? L’industrie des boissons, qui dépend de l’eau comme ingrédient principal. Par exemple, en Inde, les entreprises de fabrication de boissons et d’autres parties se disputent des ressources hydriques déjà amoindries par l’urbanisation et l’irrigation des cultures.

L’eau est aussi une ressource vitale pour d’autres industries qui n’ont pas un lien évident avec l’eau, dont les secteurs automobile, technologique, énergétique et de la fabrication. Et n’oublions pas l’agriculture, un secteur qui consomme plus de 50 % de l’eau à l’échelle mondiale. Les sécheresses sont synonymes de perte des cultures alimentaires. Il faut se pencher sur le lien vital qui existe entre l’eau et l’alimentation.

Qu’elles soient aux prises avec des excès ou des pénuries d’eau, les organisations proactives peuvent accroître leur résilience aux changements climatiques en planifiant leur intendance des eaux avec un souci des conséquences environnementales, économiques et sociales à court et à long terme.

Janya Kelly, spécialiste des changements climatiques et de la qualité de l’air

À retenir : « L’eau ne s’arrête à aucune frontière ou limite de propriété, donc la solution ne devrait pas se limiter à un seul territoire. »

Il convient de noter qu’en plus de servir aux activités industrielles, l’eau est vitale aux communautés qui en bénéficient. Les meilleures solutions doivent donc tenir compte des communautés environnantes. Lorsque les industries et les communautés collaborent pour se préparer aux conséquences des changements climatiques sur l’eau, elles doivent envisager deux facteurs.

D’une part, les régions où l’eau est déjà abondante risquent d’être inondées par les tempêtes extrêmes. Les organisations doivent donc mettre en place des plans afin de rapidement mobiliser le personnel pour gérer l’afflux d’eau, confirmer l’absence de conséquences négatives sur le milieu ambiant et vérifier que l’organisation est conforme aux conditions de permis.

D’autre part, les organisations doivent être bien informées sur les ressources hydriques de la communauté locale et ses besoins prévus afin de comprendre l’incidence des activités industrielles sur cette communauté. En tissant des liens avec la communauté concernée, l’organisation pourra mieux comprendre les besoins en eau actuels et futurs de toutes les parties. Il est important de réfléchir aux questions suivantes, entre autres : L’eau de procédé peut-elle être recyclée? Peut-elle être assainie et déchargée afin d’être revalorisée dans la communauté?

L’augmentation des températures saisonnières et les variations dans le cycle d’évapotranspiration peuvent également avoir une incidence sur la disponibilité de l’eau et le risque de sécheresse. Pour s’y préparer, les organisations peuvent entreposer le surplus d’eau durant les mois de précipitations abondantes ou de fonte des neiges. Elles se demanderont : « Pouvons-nous entreposer ces eaux de ruissellement afin d’éviter une pénurie d’eau saisonnière? » Ainsi, elles pourront continuer leurs activités sans mettre de pression sur les ressources hydriques environnantes.

Enfin, les organisations et communautés peuvent prendre des mesures concrètes pour améliorer leur résilience aux changements climatiques. La modélisation du bilan hydrique peut donner aux industries et aux communautés un portrait de l’écoulement de l’eau dans leurs quartiers ou sur leurs chantiers, en plus de répondre à d’importantes questions : Comment l’eau s’écoule-t-elle dans les conditions actuelles ou en période de crue? À quoi ressemblera cet écoulement dans les conditions climatiques à venir?

L’eau ne s’arrête à aucune frontière ou limite de propriété, donc la solution ne devrait pas se limiter à un seul territoire. Les changements climatiques ont une incidence sur l’eau, et les communautés et industries devront s’adapter et planifier en conséquence.

Sean Capstick, associé principal et spécialiste sénior des changements climatiques

À retenir : « Bien que les changements climatiques nous réservent un avenir incertain, les étapes que les organisations doivent suivre n’ont rien d’intimidant. »

Partout au monde, les affaires courantes ne sont plus ce qu’elles étaient. Les organisations mènent leurs activités quotidiennes en suivant les tendances climatiques comme la température et les précipitations, mais celles-ci sont en train de changer. En prenant les bonnes mesures dès maintenant, les organisations peuvent accroître leur souplesse pour mieux réagir aux bouleversements plutôt que de se retrouver avec des options limitées, voire aucune, dans l’avenir.

Bien que les changements climatiques nous réservent un avenir incertain, les étapes que les organisations doivent suivre n’ont rien d’intimidant. Il s’agit d’une pratique standard de gestion des risques, qui consiste à anticiper un événement probable – comme des précipitations abondantes qui durent plus longtemps qu’à l’habitude – et à tenir compte des conséquences afin de déterminer les interventions prioritaires.

Le facteur variable des changements climatiques, du moins dans le court terme, est la probabilité. Les averses, les tempêtes de neige et la pluie verglaçante feront encore partie de notre réalité, mais leur fréquence et leur intensité changeront sans doute. Pensons par exemple aux hivers à Ottawa, parfois surnommée « capitale nationale la plus froide au monde ». (Seule Moscou subit des hivers plus froids.) L’administration municipale, les acteurs industriels et les autres organisations d’Ottawa sont habitués à recevoir un certain volume de neige sur leurs toits.

La neige continuera de tomber, mais la capitale risque de connaître des vagues de chaleur durant les mois froids, par exemple en février. Cela peut causer des épisodes de pluie sur la neige, comme l’appellent les météorologues. La neige absorbe la pluie et commence à fondre. Ce faisant, elle devient plus lourde et exerce une pression sur les toits qui excède leur capacité nominale. De plus, une quantité accrue d’eau s’écoulera des toits comparativement à la moyenne en février, ce qui signifie que les bassins d’eaux pluviales risquent de se remplir avant la fonte des neiges en mars ou en avril.

Des bassins de rétention plus profonds ou des barrages de rétention rehaussés pourraient être requis, ainsi que de nouvelles zones désignées pour empiler la neige. Ces mesures devront respecter les intérêts du propriétaire et tenir compte des conséquences d’un volume d’eau inhabituel sur les communautés et l’intégrité des cours d’eau avoisinants.

Même si les changements climatiques entraînent des perturbations liées à l’eau, une méthode fiable de gestion des risques peut grandement favoriser la pérennité et la prospérité de votre organisation dans un contexte changeant, voire exercer une influence positive sur la communauté et le milieu ambiant.

Janya Kelly

Spécialiste des changements climatiques et de la qualité de l’air

Hu Fleming

Directeur de la stratégie sur l’eau et de la durabilité

Sean Capstick

Associé principal et spécialiste sénior des changements climatiques

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